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Les «Compagnons» disparaissent, mais l’Ordre de la Libération veut leur survivre

Article AFP publié dans Libération le 5 septembre 2017. (Illustration : Le compagnon de la libération Hubert Germain le 28 août 2017 à Paris – Photo CHRISTOPHE ARCHAMBAULT. AFP).

 

«Je comprends que vous vous précipitiez pour avoir des nouvelles, parce qu’après il sera trop tard», sourit Hubert Germain : à 97 ans, il est l’un des 11 derniers Compagnons de la Libération. L’ordre mythique créé par de Gaulle veut préserver la mémoire de leur combat.

Installé dans son fauteuil roulant à la Chancellerie de l’Ordre de la Libération aux Invalides, à Paris, M. Germain montre sa Croix de la Libération, remise par le général de Gaulle en 1944. Ils sont 1.038 à en avoir été décorés jusqu’en 1946. Parmi eux: Winston Churchill, Jean Moulin et André Malraux.

Comme d’autres Compagnons et «parce que nous sommes un peu vicieux» dit-il, il l’accroche pendant les cérémonies «un étage au-dessus» de sa Légion d’honneur, pourtant premier ordre national.

«Pour nous, c’est numéro un», résume-t-il au sujet de l’Ordre de la Libération, cette «chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l’Histoire de la France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte» selon les mots du général de Gaulle, qui l’a institué en 1940.

«C’est un ordre combattant», qui récompense «bien sûr les actions» mais aussi «ceux de la première heure», explique le général Christian Baptiste, son délégué national.

Le dernier Compagnon sera enterré au Mont Valérien (Suresnes) dans un caveau qui lui est réservé, aux côtés de 16 autres Compagnons.

Alors que deux Compagnons sont morts cette année, l’Ordre a déjà commencé à préparer une nouvelle phase de son histoire.

En 2012, les cinq communes décorées «Compagnons de la Libération» ont été chargées de conserver la mémoire de l’Ordre. Alors que le plus jeune des Compagnons approche les 96 ans, le général Baptiste est, lui, devenu en janvier le premier «patron de l’Ordre» à ne pas en être issu. Sa mission: assurer sa «transition» vers un «outil pédagogique au profit de la citoyenneté».

«L’exemple des Compagnons, c’est de dire que quelles que soient les vicissitudes de la vie, chacun a le choix entre une destin subi – l’Occupation -, et un destin choisi – la Résistance», dit-il, voyant un parallèle avec le «terrorisme qui cherche à faire éclater notre cohésion nationale».

Christian Baptiste veut aussi lancer des partenariats avec les écoles du pays pour que, partout, on puisse «s’approprier le Compagnon local, étudier son parcours, les moteurs de son engagement».

– «Je vais avoir besoin de vous» –

Hubert Germain, qui a notamment participé au Débarquement en Provence, se rappelle sa prise de conscience, à l’été 1940, alors qu’il s’apprêtait à passer le concours d’entrée à l’école navale de Bordeaux. «Au bout de cinq minutes je me suis dit +Mais qu’est-ce que tu fais là ?+». Il se lève et lance à l’examinateur surpris: «Je pars faire la guerre».

«Je comprends que vous vous précipitiez pour avoir des nouvelles, parce qu’après il sera trop tard», sourit Hubert Germain: à 97 ans, il est l’un des 11 derniers Compagnons de la Libération. L’ordre mythique créé par de Gaulle veut préserver la mémoire de leur combat.

Installé dans son fauteuil roulant à la Chancellerie de l’Ordre de la Libération aux Invalides, à Paris, M. Germain montre sa Croix de la Libération, remise par le général de Gaulle en 1944. Ils sont 1.038 à en avoir été décorés jusqu’en 1946. Parmi eux: Winston Churchill, Jean Moulin et André Malraux.

Comme d’autres Compagnons et «parce que nous sommes un peu vicieux» dit-il, il l’accroche pendant les cérémonies «un étage au-dessus» de sa Légion d’honneur, pourtant premier ordre national.

«Pour nous, c’est numéro un», résume-t-il au sujet de l’Ordre de la Libération, cette «chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l’Histoire de la France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte» selon les mots du général de Gaulle, qui l’a institué en 1940.

«C’est un ordre combattant», qui récompense «bien sûr les actions» mais aussi «ceux de la première heure», explique le général Christian Baptiste, son délégué national.

Le dernier Compagnon sera enterré au Mont Valérien (Suresnes) dans un caveau qui lui est réservé, aux côtés de 16 autres Compagnons.

Alors que deux Compagnons sont morts cette année, l’Ordre a déjà commencé à préparer une nouvelle phase de son histoire.

En 2012, les cinq communes décorées «Compagnons de la Libération» ont été chargées de conserver la mémoire de l’Ordre. Alors que le plus jeune des Compagnons approche les 96 ans, le général Baptiste est, lui, devenu en janvier le premier «patron de l’Ordre» à ne pas en être issu. Sa mission: assurer sa «transition» vers un «outil pédagogique au profit de la citoyenneté».

«L’exemple des Compagnons, c’est de dire que quelles que soient les vicissitudes de la vie, chacun a le choix entre une destin subi – l’Occupation -, et un destin choisi – la Résistance», dit-il, voyant un parallèle avec le «terrorisme qui cherche à faire éclater notre cohésion nationale».

Christian Baptiste veut aussi lancer des partenariats avec les écoles du pays pour que, partout, on puisse «s’approprier le Compagnon local, étudier son parcours, les moteurs de son engagement».

– «Je vais avoir besoin de vous» –

Hubert Germain, qui a notamment participé au Débarquement en Provence, se rappelle sa prise de conscience, à l’été 1940, alors qu’il s’apprêtait à passer le concours d’entrée à l’école navale de Bordeaux. «Au bout de cinq minutes je me suis dit +Mais qu’est-ce que tu fais là ?+». Il se lève et lance à l’examinateur surpris: «Je pars faire la guerre».
Il prend la direction de l’Angleterre, mais ce n’est pas l’appel du 18 juin qui l’a décidé. «On ne va pas recommencer ce cinéma-là, personne ne l’a entendu l’appel!», balaie-t-il. «On a tous entendu ce laïus effrayant du maréchal Pétain disant qu’il fallait terminer la guerre et déposer les armes. Ca, ça a été un choc».

Le souvenir de sa première rencontre avec de Gaulle, cet été-là, est intact: «Il s’arrête un instant, il me regarde, et il me dit : +Je vais avoir besoin de vous+. Quand, à 18-19 ans, vous vous ramassez ça en pleine figure, dans le désastre général qui est là, il y a quelque chose qui vous émeut profondément».

Avec les autres Compagnons, il parle d’une solidarité «totale, illimitée». Pendant comme après la guerre, «pas question de politique», dit celui qui a été ministre des gouvernements Messmer entre 1972 et 1974: «Le sang du coco se mêlait au sang de l’aristo».

Aujourd’hui, il espère que l’Ordre prendra «des roulottes, des charrettes» pour aller «parler aux gens de l’histoire de leur pays». «Rien n’est mort».

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